Le café profane - Je vis en terre d'Islasie

Publié par Amina Fedjer le sam 21/10/2017 - 15:20

Je vis en Islasie, dans une terre d'orient où la vie n'est point facile, le pays traverse une guerre civile inédite, le climat est tendu et la population baigne dans l'intolérance, la violence et la précarité les plus absolues. Jadis exemple de fraternité, d'égalité, de justice, de tolérance, de science, de créativité et de tourisme, l'Islasie avait basculé dans la confusion, devant la consternation du reste du monde; en Islasie qui tue qui ? Qui juge qui ? Qui viole qui ? Qui vole qui ? Tandis que les criminels, les délinquants et les fraudeurs vivent en toute impunité, les opposants politiques, les blasphemateurs et les toubibs purgent de lourdes peines derrière les barreaux.

La BBC avait désigné l'Islasie comme le pays avec l'influence la plus négative; le Fond Monétaire International (FMI) avait accrédité que l'Islasie était le pays avec le plus faible PIB; l'Unicef avait classé l'Islasie comme le pire pays où naître; le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) avait confirmé que l'Islasie était le pays le moins développé au monde et que les pires universités étaient islasiennes.

A l'école, aux cafés profanes, comme dans les mosquées, gare à la mixité ! Femmes et hommes ne se côtoient jamais. Les deux sexes sont séparés dès leurs plus jeune âge et les Islasiens sont d'accord pour que le masculin soit le sexe de domination.

Le vendredi en Islasie est un jour sacré, les foyers se vident, les villes se dépeuplent, tout le monde est incité à se rendre dans un café profane afin d'assister aux cinq prêches du vendredi;

Aujourd'hui, comme tous les vendredis, ma volonté me trahie. Ne pas me rendre dans un café profane est estimé comme un affront; malgré l'ennuie et le dégoût que j'éprouve pour cette tradition sordide je m y force à m y rendre afin de ne pas avoir d'ennuis ; accompagnée par ma famille je me dirige vers la salle qui est réservée à nous les femmes , la salle est turpide et mélancolique, je me rends au comptoir afin de prendre une commande. Ici le choix est mince, tous les breuvages sont à base de pisse de chameau, ce philtre aux milles vertus dit-on, antagoniste du mauvais oeil et remède contre toutes les tares morales et physiques.
Juste à côté de nous, dans la salle réservée aux hommes, l'ambiance est tumultueuse, on fume, on boit, on se prostitue, on danse, on joue aux jeux d'argent et on parle de cet être aussi désirable que méprisable qu'est la femme.

Je me trouve une petite place au fond de la salle, je pense à ces heures interminables que je dois subir à écouter ces absurdités et ces folies.
Sans grand étonnement, on parlera encore du lien entre les catastrophes naturelles et les femmes. On parlera des bienfaits de la polygamie. On approuvera le viol et on expliquera aux auditeurs que chaque femme violée l'aurait bien méritée. On débattra pendant des heures si la femme est vraiment un être humain et on accréditera les assassinats des ennemis d'Allah.

L'endoctrinement du peuple est à son comble en islasie. Comment peut on être aussi niais pour digérer autant de conneries ?
"Ces moralistes ont un discours bien rôdé, ils savent manipuler ces crétins" me repeté-je," leurs discours sont tantôt enrobé de tendresse et d'émotions, tantôt recouvert de violence et de menaces" continué-je.
Soudain ,une pulsion m'envahit. Je me dois de parler, ça m'est vital et tant pis si je finis lynché à la place publique comme mon amie Zou. Je me lève, je demande l'attention des femmes présentes. Je préfère fermer mes yeux et laisser mon coeur s'exprimer, sans le moindre scrupule je me lance :

"-Vous entreprenez une relation malsaine avec vous même et avec tout ce qui vous entoure.

-L'Islasie est léthargique grâce à vos moralistes opportunistes pernicieux !

-Pendant que vous vivez dans la pauvreté, on mène une vie paisible loin de votre réalité ; Tandis qu'on vous fait croire qu'il n y a meilleure pays que l'Islasie, on vit à New York, à Londres, à Paris, à Genève ou à Berlin.

-Connaissez vous quelque chose sur l'argumentation, la liberté, la créativité, la tolérance ?

-Connaissez vous autre que la haine et la médiocrité ?

-Vous défendez l'homme et vous jugez la femme ?

-Vous instrumentalisez votre religion, en justifiant vos maux !

Aimez vous, acceptez vous, tolérez-vous, réveillez-vous... "

Je ne puis terminer ma phrase lorsque les femmes du café profane commencent à me huer. Ma famille me renie et me maudit. Les femmes assises autour de moi, me balancent des bouteilles de breuvages empestés ;

On crie au scandale, on me promet le pire des châtiments,

Comment peut on être aussi violent? Je ne comprends cette société qui ne s'alimente qu'avec la haine et la rancoeur.

J'aperçois des hommes barbus salement habillés aux traits fermes se diriger vers moi. Une énergie funeste est palpable autour de moi. Je ferme les yeux. Mon destin macabre est entre leurs mains.

Dans ce café profane je naquis et c'est dans ce café profane où mon âme se terre et mon corps agonise.

Amina FEDJER

Interne en pédiatrie au CHU d'Oran, Blogueuse

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