Le Mouvement Amazigh est-il capable de se positionner et de s'imposer ?

Publié par Amina Amharech le lun 20/11/2017 - 19:10

Pensez-vous que le Mouvement Amazigh est capable de se positionner et de s'imposer ?

Une question qui peut en exaspérer plus d'un militants mais qui n'en demeure pas moins légitime car un an après le début du Hirak du Rif et près de 10 mois après le fiasco que fut la commémoration du 1er anniversaire de l'assassinat d'IZM, la voix Amazigh semble s'être enrouée et les rangs se sont quelque peu parsemés.

Que s'est-il passé ? L'épreuve de la réalité s'annoncerait-elle ardue ? Une chose est certaine : le passage de la théorie à la pratique semble insurmontable.

Qu'on se le dise franchement, les lois organiques et l'officialisation de Tamazighte ont mis le Mouvement Amazigh dos au mur puisqu'en 6 ans aucune initiative ni proposition viable n'est venue repêcher Tamazighte du bourbier dans lequel les scipts de la constitutions l'ont jetée. Les débats enflammés et l'éloquence des ténors ne sont plus qu'un souvenir que certains essaient de ranimer à coup de rencontres de plus en plus parsemées débouchant sur le sempiternel communiqué de dénonciation indignée. On a beau vouloir y croire encore, mais le coeur n'y est plus car depuis le temps qu'on tergiverse et qu'on s'indigne qu'est ce qui a vraiment changé et pourtant beaucoup de choses essentielles ont changé.

Aujourd'hui la cause Amazigh est devenue l'affaire de tous et pas uniquement celle d'une élite militante capable d'analyser le pourquoi du comment de notre condition problématique. Des questions qui ont été traitées en long, en large et en diagonale dans un discours parfois emprunté à des idéologies étrangères à l'Amazighité et qui sont à l'origine de tous ses maux. Le temps des tribuns et des causeries n'est plus d'actualité et la cause amazighe s'est invitée dans le quotidien du père qui se présente devant l'officier de l'Etat Civil pour inscrire son enfant et dont la joie vire au cauchemar dans les tribunaux, des centaines de familles qui décident de marcher sous la pluie battante pour aller réclamer un collège à 100 km de leur patelin perdu, de la femme qui se tord de douleur pour donner vie et qui perd la sienne, du jeune diplômé fier de ses prouesses qui finit par sombrer dans les flots , de la famille à qui on annonce le cancer de l'un des siens et qui doit se saigner à blanc pour rallier un Hôpital à l'autre bout du pays, de la petite fille interdite de scolarité aux portes du primaire pour être marier à un vieillards ou pour la vendre à un samsar de boniches, de l'étudiant qui peine à poursuivre son Master alors que ses assassins s'y inscrivent d'office, du vendeur de poisson qui finit au fond d'une benne, de la vendeuse de crêpe qu'un caïd piétine, de l'agriculteur dont on a spolié la terre qui fait la grève de la faim et meurt, de la jeunesse jetée en prison pour taire sa voix, de la bourgade assoiffée pour que la pastèque soit plus sucrée......

Eh oui ! La cause amazighe est partout mais paradoxalement plus elle fait tâche d'huile, plus ses porte-voix se font rares et les masses de militants rétrécissent comme peau de chagrin.

Que de silence, que d'absence, que de dissonances en un an !!!!

Est-il nécessaire de rappeler qu'une Cause aussi légitime que la Cause Amazighe DOIT fédérer et rassembler et surtout appartenir à tout le monde et qu'elle a besoin de tout le monde sans distinction aucune. Elle n'est la propriété de personne et ne peut se soumettre au tutorat de quelque mouvance que ce soit. Elle est là où tout Amazigh est persécuté, marginalisé, enclavé, spolié, laissé pour compte : MINORISÉ.

Le temps des grandes paroles est révolu et celui de l'action est arrivé car une action sur le terrain, fut elle petite, vaut mieux que tous les discours du monde. Et du terrain il y en a et avec autant de problématiques il va falloir s'attaquer pour que Tamazight ait la place qui lui revient de droit et que Imazighen cessent d'être les laissés pour compte de ce pays.

Amina Amharech

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